Chronos : L'Occident aux prises avec le temps (Bibliothèque des histoires)

December 3, 2020
Chronos : L'Occident aux prises avec le temps (Bibliothèque des histoires)

Omniprésent et inéluctable, tel est Chronos. Mais il est d’abordcelui qu’on ne peut saisir. L’Insaisissable, mais, tout autant etdu même coup, celui que les humains n’ont jamais renoncé àmaîtriser. Innombrables ont été les stratégies déployées pour yparvenir, ou le croire, qu’on aille de l’Antiquité à nos jours, enpassant par le fameux paradoxe d’Augustin : aussi longtemps quepersonne ne lui demande ce qu’est le temps, il le sait ; sitôtqu’on lui pose la question, il ne sait plus.Ce livre est un essai sur l’ordre des temps et les époques dutemps. À l’instar de Buffon reconnaissant les « Époques » de laNature, on peut distinguer des époques du temps. Ainsi va-t-on desmanières grecques d’appréhender Chronos jusqu’aux gravesincertitudes contemporaines, avec un long arrêt sur le temps deschrétiens, conçu et mis en place par l’Église naissante : unprésent pris entre l’Incarnation et le Jugement dernier. Ainsis’engage la marche du temps occidental.On suit comment l’emprise du temps chrétien s’est diffusée etimposée, avant qu’elle ne reflue devant la montée en puissance dutemps moderne, porté par le progrès et en marche rapide vers lefutur.Aujourd’hui, l’avenir s’est obscurci et un temps inédit a surgi,vite désigné comme l’Anthropocène, soit le nom d’une nouvelle èregéologique où c’est l’espèce humaine qui est devenue la forceprincipale : une force géologique. Que deviennent alors lesanciennes façons de saisir Chronos, quelles nouvelles stratégiesfaudrait-il formuler pour faire face à ce futur incommensurable etmenaçant, alors même que nous nous trouvons encore plus ou moinsenserrés dans le temps évanescent et contraignant de ce que j’aiappelé le présentisme ?François Hartog, directeur d’études émérite à l’École des hautesétudes en sciences sociales (EHESS), a mêlé étroitement dans sonœuvre l’histoire intellectuelle de la Grèce antique,l’historiographie et l’étude des formes historiques du rapport autemps. Son livre Régimes d’historicité (Éditions du Seuil, 2003) alargement contribué à imposer le « présentisme » comme la formecontemporaine de l’expérience du temps.